Plus de 80 % des terres du Sud-Kivu restent aux mains des hommes au nom de la coutume. Une étude récente montre que cette inégalité fragilise les familles et freine le développement. Pour l’Asbl Karibu Jeunesse Nouvelle, garantir l’accès des femmes à la terre, c’est choisir la cohésion.
Présentés mardi 06 janvier 2026 à Bukavu, les résultats de l’étude menée par l’Asbl Karibu Jeunesse Nouvelle sont sans appel : dans les territoires du Sud-Kivu, plus de 80 % des terres agricoles sont exploitées par des hommes. Les femmes et les filles, elles, restent en marge de l’héritage foncier, écartées par des pratiques coutumières encore très ancrées.
« Ce sont les membres des familles et certains chefs coutumiers qui continuent à violer les droits de la femme au nom du respect de la coutume », explique Jolly Kamutu, présidente de l’Asbl.
Cette exclusion n’est pas sans conséquence. Elle alimente les conflits successoraux entre frères et sœurs, place les veuves dans une précarité extrême face à leur belle-famille, et nourrit un sentiment de frustration qui abîme le tissu social.
Or, au Sud-Kivu, la terre c’est la vie. Elle nourrit, elle loge, elle donne un statut. En priver la moitié de la population, c’est affaiblir toute la communauté.
Pourtant, le droit congolais est clair. La Constitution et le Code de la famille consacrent l’égalité entre l’homme et la femme. Chacun a le droit d’hériter des biens de ses parents et de posséder une terre.
L’enjeu n’est donc pas d’opposer loi et tradition, mais de les réconcilier autour des valeurs communes : la solidarité, la justice et la protection de la famille. « Une tradition qui protège unit. Une tradition qui exclut divise », martèle Jolly Kamutu.
À travers cette étude, Karibu Jeunesse Nouvelle ne désigne pas de coupables. Elle appelle à une prise de conscience collective.
Aux familles, l’Asbl propose le dialogue : inclure les filles dans le partage de l’héritage évite les rancunes et maintient l’unité après le décès des parents.
Aux autorités coutumières, elle demande de devenir des acteurs du changement en sensibilisant les hommes : sécuriser la femme sur sa terre, c’est sécuriser les enfants et l’avenir du village.
Aux femmes;le message est un appel au courage : « Travaillez, distinguez-vous, montrez par l’exemple que vous pouvez faire prospérer une terre ».
Car les études le prouvent : quand une femme a un titre foncier à son nom, elle investit davantage dans les champs, l’alimentation de la famille s’améliore et les enfants ont plus de chances d’aller à l’école.
Au fond, la question foncière au Sud-Kivu est une question de vivre ensemble. Un village où les sœurs, les épouses et les mères sont sécurisées sur leurs terres est un village plus stable, plus productif, et plus apaisé.
La terre n’appartient pas qu’aux hommes. Elle appartient à ceux qui la font vivre, pour le bien de tous. Tant que les femmes n’auront pas la parole sur la terre, le Sud-Kivu avancera avec un seul pied.
Par katete

































