Depuis plus de trois mois, l’axe routier vital entre Bukavu et plusieurs localités du territoire de Shabunda — Kigulube, Isezya, Evary et le marché de Byangama est totalement coupé. Cette interruption isole des milliers d’habitants et paralyse l’économie locale.
D’un côté, la destruction de ponts entre Kaniola et Nzibira, dans le Walungu, a été menée par des combattants Wazalendo dans le cadre des affrontements avec l’AFC/M23. De l’autre, les combats récurrents rendent tout déplacement risqué. Résultat : des camions chargés de produits de première nécessité restent bloqués à Kaniola et à Kigulube, sans pouvoir atteindre leur destination.
Ces localités sont les principaux points d’approvisionnement de Shabunda Centre en denrées venues de Bukavu. La route Kigulube–Shabunda étant déjà très dégradée, les commerçants sont contraints de marcher 4 jours pour atteindre Byangama. Sel, savon, sucre sont ensuite transportés à dos d’homme vers Shabunda. Les prix flambent : 15.000 FC pour une tige de savon ou un sachet de sel. La psychose grandit à Kigulube, où des familles commencent à fuir.
Face à cette impasse, les acteurs de la société civile et les transporteurs appellent à des mesures immédiates de désescalade :
1. *Ouverture d’un couloir humanitaire négocié* : Un accord entre les parties permettrait la libre circulation des biens essentiels sous supervision d’acteurs neutres, comme les organisations humanitaires ou les leaders religieux locaux.
2. *Médiation communautaire* : Impliquer les chefs coutumiers, les églises et les associations de femmes de Walungu, Kabare et Shabunda pour instaurer un cessez-le-feu local sur les axes routiers. Ces structures ont souvent la confiance des deux camps.
3. *Réhabilitation concertée des infrastructures* : Les ponts détruits pourraient être reconstruits dans le cadre d’un projet commun, engageant les communautés affectées. Cela transformerait un point de blocage en symbole de réconciliation.
4. *Dialogue inclusif* : Mettre autour de la table Wazalendo, autorités provinciales et représentants de l’AFC/M23, avec la MONUSCO ou la CIRGL comme facilitateurs, pour sécuriser durablement l’axe Bukavu–Shabunda.
Le rétablissement du trafic ne relève pas seulement de la technique, mais d’une volonté partagée de protéger les civils. Chaque jour sans solution aggrave la crise alimentaire et le déplacement des populations. La paix par le dialogue reste la voie la plus sûre pour rouvrir la route et relancer la vie économique.
Laurent katete

































